Au début des années 2000, face à l’absence de dispositifs de formation initiale agricole pour les jeunes ruraux à Madagascar, Fert s’est associée au CNEAP (Conseil national de l’enseignement agricole privé) afin d’accompagner Fifata, organisation professionnelle agricole nationale, dans la mise en place d’un dispositif de formation initiale pour les jeunes filles et fils de paysans.

5 collèges agricoles ont été progressivement créés et sont fédérés au sein de Fekama, membre du Groupe Fifata. Ces collèges proposent une formation de 3 ans dont 2 en internat et 1 en alternance, basée majoritairement sur la pratique grâce à une exploitation pédagogique attenante au collège.

Depuis 2009, un dispositif d’accompagnement à l’insertion professionnelle a été mis en place. D’une durée de 3 ans, il se compose d’un appui individuel par un conseiller agricole, de l’organisation de regroupements entre jeunes, d’une dotation coup de pouce et d’une mise en relation avec des partenaires techniques et financiers.

Pour en savoir plus, retrouvez ici la vidéo de présentation des collèges agricoles Fekama à Madagascar

Paul-Henri DOUBLIER, agriculteur, administrateur de Fert et président du Lycée agricole de Nermont (Châteaudun – Eure-et-Loir) et du CNEAP Centre – Val de Loire, a réalisé une mission à Madagascar pour accompagner Fifata et Fekama dans l’adaptation du dispositif d’insertion professionnelle des jeunes sortants des collèges agricoles. Afin de conseiller les équipes et responsables professionnels de manière pertinente et réaliste, il est parti à la rencontre de plusieurs jeunes diplômés afin de recueillir leurs témoignages.

« J’élève des poulets gasy et je vends des poussins grâce à la couveuse que mon père a fabriquée. Avec l’argent de la vente, je développe de la rizipisciculture (carpes, tilapias) ainsi qu’un élevage de canards. J’ai également une production importante de maïs et je fais de la sélection massale. Je souhaite être un jeune dont le collège sera fier et je souhaite devenir membre du CA en 2025. J’ai pour objectif d’être le premier producteur de poussins et d’alevins de la région. Je prends des stagiaires et j’aide les membres de mon OP en leur faisant des crédits sur les poussins pour qu’ils puissent développer leurs élevages de poulets gasy. Aujourd’hui je pense que je gagne plus qu’un fonctionnaire ! »

« L’engraissement de mes porcelets m’a permis de construire ma porcherie avec un logement pour le gardien. Je produis du soja et je calcule mes rations. Je suis également très demandé pour la vaccination. Je suis reconnaissant envers Fert et Fifata pour la création du collège car si j’en suis là c’est grâce à la formation. Je souhaite acquérir encore plus de techniques car j’aimerais devenir un producteur reconnu et faire des choses en commun avec d’autres agriculteurs ».

« J’ai débuté avec 2 porcs à engraisser. L’argent obtenu m’a permis de louer une rizière. J’ai ensuite acheté 2 bœufs de trait et j’ai pu acheter une rizière. J’ai dû arrêter l’élevage à cause de l’insécurité. Désormais je me concentre sur les cultures (riz, haricots, pommes de terre). J’ai connu des années difficiles à cause de la sécheresse et puis des inondations. J’ai donc demandé un prêt que j’ai remboursé cette année car j’ai eu une bonne récolte de riz. Je suis également membre d’une OP.
Je pense être différente des autres jeunes, j’arrive à m’organiser, je ne dépends plus de mes voisins pour cultiver mes champs, j’arrive à le faire seule avec mon mari et mon père. Mes oncles me jalousent car mon activité agricole est rentable. Je gagne autant qu’un fonctionnaire et je suis très impliquée dans le recrutement pour le collège et dans les animations dans les villages.
 »

« A cause de l’insécurité de la région, je suis arrivé dans une ferme vide. J’ai développé un important élevage de porcs et cela m’a permis de construire ma maison. On m’a volé mes 2 vaches laitières, 150 canards, et je n’ai pas été payé pour la vente de 4 zébus. Aujourd’hui je construis enfin un mur autour de ma ferme. Je cultive du riz et des haricots. J’ai mis de l’argent de côté et je spécule sur le riz.
Les jeunes sortants peuvent attirer la jalousie car ils sont leaders. J’ai fait la formation au collège pour aider mes parents qui avaient une faible capacité technique. J’ai fait la formation FLP (Formation Leader Paysan) et tuteur FORMAPROD (programme national). Cette formation me permet d’apprendre à garder une rentabilité de mon activité agricole malgré les difficultés et de créer une vie associative. Je suis membre d’une OP et j’ai acheté avec des aides une décortiqueuse à riz. Je me lance également dans les plantes médicinales traditionnelles. Tout cela m’aide à tenir, je ne baisse pas les bras ! »

« Nous nous sommes rencontrés au collège agricole. Après notre formation, nous nous sommes installés ensemble et avons achetés deux vaches. Nous produisons du lait avec lequel nous fabriquons des yaourts et nous cultivons des légumes et du riz. Nous avons toujours besoin d’accompagnement pour nous aider à la réflexion sur nos investissements. Récemment j’ai acheté un vélo pour aller chercher le fourrage des vaches et nous épargnons sur le mobile pour l’achat de porcelets. »

Dans l’ensemble, les jeunes rencontrés lors de ces échanges sont des jeunes qui montent des projets réfléchis, innovants et qui évoluent pour atteindre la rentabilité, comme Kiady qui va financer l’aménagement de ses étangs pour la rizipisciculture avec l’argent de la vente de ses poussins.

Ils sont proactifs et savent saisir les opportunités. Ils ont la capacité de rebondir malgré un contexte difficile, comme Zoniana qui n’abandonne pas et continue d’innover et de se renouveler malgré les nombreuses pertes causées par les vols et l’insécurité dans sa région.

Des jeunes satisfaits par la formation et qui continuent d’avoir des besoins :

  • Pour résoudre des problèmes rencontrés ;
  • Pour aller plus loin dans la technique ;
  • Pour pouvoir faire évoluer leurs exploitations en se formant sur de nouvelles thématiques

Le chemin est encore long mais comme le dit Paul Henri DOUBLIER :

« Nous sommes conscients des difficultés rencontrées sur le terrain mais les OP régionales et le Groupe Fifata doivent continuer à réfléchir, avec l’appui de Fert et du CNEAP, à comment renforcer le lien avec ce vivier de jeunes sortants qui est le futur du pays ».