Dans la commune d’Alatsinainy Bakaro, l’association française Agir Loire Océan a noué des relations localement pour contribuer à l’amélioration des conditions de vie des habitants. Depuis 2015, l’installation sur place d’un conseiller agricole après un rapprochement avec Fert et des organisations du groupe Fifata, montre les premiers signes de changements des pratiques agricoles qui améliorent la sécurité alimentaire et réduit les carences, observées notamment chez les enfants.

Interview de Pierre Regnault, bénévole à l’association Agir Loire Océan

  1. Quelles sont les origines de votre association Agir Loire Océan ?

L’association Agir Loire Océan est la délégation de Loire-Atlantique Vendée d’Agir ABCD, association nationale qui réunit près de 3500 cadres retraités à travers la France (enseignants, ingénieurs…). Elle intervient en France et à l’international, et s’organise à travers des délégations ou antennes dans chaque région. En ce qui concerne notre délégation Agir Loire Océan, c’est à la suite d’échanges avec le consul de Madagascar à Nantes que des liens se sont tissés avec la commune d’Alatsinainy Bakaro, à 75 km au sud-est d’Antananarivo sur les hauts plateaux malgaches. On y compte environ 26 000 habitants.

Un groupe d’une quinzaine de bénévoles d’Agir Loire Océan suit ce projet à Madagascar. En fonction de nos compétences, nous appuyons telle ou telle action. Pour ma part, je suis le projet agricole. Nos premières actions étaient dirigées au profit de la jeunesse. Elles ont permis la construction d’une école, de latrines, de puits ou encore la réhabilitation d’un hôpital local, la formation d’enseignants et la mise en place de cantines scolaires durant la période de soudure : nous nous sommes rapidement rendu compte que l’absentéisme s’expliquait par la famine dans de nombreuses familles qui n’envoyaient plus leurs enfants à l’école durant cette période de janvier à mars où les stocks sont souvent au plus bas.

En s’appuyant sur une organisation malgache spécialisée en agriculture, le Cite (Centre d’information technique et économique) nous avons financé une étude qui a démontré de grandes possibilités d’accroitre les rendements en riz et l’intérêt de diversifier l’alimentation localement en introduisant des légumes pour pallier aux carences et aux problèmes de santé. Mais avec seulement deux missions de 4 semaines sur place par an, notre petite association a fait le constat de son incapacité à assurer le suivi d’une telle action dans la durée. Il fallait nous appuyer sur des compétences locales.

  1. Comment s’est construit le partenariat avec Fert à Madagascar ?

En octobre 2015, lors d’un passage à Antsirabe, nous avons rencontré Fert et nous avons été séduits par le travail réalisé avec les organisations paysannes, notamment les formations réalisées par Ceffel dans son centre d’Andranobe ou dans les localités, au champ avec les paysans. Des discussions avec l’équipe Fert sur place et la directrice du Ceffel nous ont amenés à envisager de financer le recrutement d’un conseiller agricole de proximité sur la commune d’Alatsinainy Bakaro afin d’accompagner les paysans dans une diversification de leur production et de les former à d’autres pratiques. Ceffel nous a permis d’entrer en contact avec différents jeunes formés au centre et nous avons proposé à Keneddy de travailler sur la commune. Parallèlement, Fert et ses partenaires malgaches (Fifata, Ceffel, Cap Malagasy) qui disposent déjà de plusieurs dizaines de conseillers formés dans les régions des hauts plateaux et en périphérie d’Antananarivo, assurent un suivi et conseillent Keneddy dans ses activités. Il dispose d’un bon niveau de formation Bac + 2, et la formation complémentaire suivie au Ceffel lui permet d’être très pertinent par la mise en pratique d’une méthode et d’outils de « conseil agricole de proximité » qui répondent bien aux besoins des paysans de la commune.

  1. Où en sont les réalisations ? Quelles sont les activités à venir ?

Notre objectif était de parvenir à former 80 paysans par an : 40 sur la production de riz, 20 sur la pomme de terre et 20 pour les haricots. Le potentiel agronomique dans la commune est fortement dégradé, les sols sont peu fertiles et les pratiques mal adaptées. Depuis 2016, le conseiller de proximité présent en permanence sur place a pu les former à la production de compost et à l’usage de bio-pesticides. Nous avons assuré l’approvisionnement en semences de bonne qualité et aujourd’hui les rendements évoluent très favorablement ! Le conseiller intervient également en matière d’élevage de poulets locaux et de porcs, élevage à cycle relativement court qui permet aux paysans d’assurer une rentrée de trésorerie plus rapide.

Au bout de deux ans d’activités, 160 producteurs ont ainsi été formés, et plus encore que le volet technique, c’est en matière d’organisation des producteurs que Kennedy parvient à faire progresser les producteurs et la dynamique de la commune. En s’appuyant sur les équipes de conseillers Fert sur place, et avec l’investissement que Kennedy met dans sa tâche, nous sommes très satisfaits et heureux de constater l’évolution des choses.

Mais nous restons conscients que notre action est très modeste. Nous sommes une petite association, nos moyens sont limités et bientôt, Keneddy à lui seul ne pourra pas assurer le suivi de tous les paysans formés qui demandent à être réassurer. C’est pourquoi, grâce à des financements mobilisés auprès des collectivités de notre région ou de fondation privée, plutôt que d’implanter un 2e conseiller localement, comme d’abord envisagé, nous avons, sur les conseils de Fert, privilégié de renforcer l’appui technique de Fert avec des conseillers techniques spécialisés qui viendront ponctuellement dans la zone pour conforter la formation des Paysans relais et faire émerger des leaders paysans. Ces paysans relais sont choisis jeunes, et doivent être motivés par leur fonction de démonstration et de conseils techniques de base envers leurs pairs pour faire évoluer les mentalités. Ces paysans sont aussi des relais de services de base (vaccination, gestion d’une boîte à pharmacie, production de semences, …) qui répondent de manière très concrète aux besoins des producteurs.  Des visites dans les localités environnantes ont été organisées, notamment dans les régions où l’organisation de producteurs Fifata, partenaire de Fert, est présente. Avec ces visites, l’idée est de s’inspirer pour faire émerger de jeunes leaders, et ainsi assurer la relève, mais également organiser les producteurs dans chaque fokontany et au plan communal afin que les services soient durables.

En 2018, Keneddy va aussi travailler avec les écoles et la mise en place de jardins potagers pour alimenter les cantines scolaires ; ce qui pourra aussi motiver les jeunes à devenir agriculteurs plus tard. Les difficultés ne manquent pas pour les paysans malgaches, dans un contexte socio-économique dégradé, où corruption et insécurité règnent. Malgré tout, en créant une dynamique collective, avec des résultats concrets et visibles, nous avons bon espoir, si cette action peut s’inscrire dans la durée, que les paysans malgaches en tirent parti. Dans ce contexte très difficile, ils utiliseront, nous l’espérons, ce petit chemin de progrès.

“Au début de mon travail, c’était dur de travailler avec les paysans qui demandaient uniquement des dons et ne voyaient pas l’intérêt de travailler en groupements…, en plus l’accès à la commune n’est pas toujours facile.

Mais avec le temps, les paysans ont vu l’intérêt du conseil de proximité et aujourd’hui, le rendement de pomme de terre a augmenté de 50%, le riz a presque doublé même si le climat n’était pas très bon ces deux dernières années.  Les groupements se mettent en place petit à petit, cela demande du temps, et il faut continuer à les accompagner notamment sur la vie associative et la gestion de matériels en commun qui ont été acquis grâce à l’appui d’Agir (batteuse, vanneuse pour le riz).

La pomme de terre a un vrai potentiel dans la commune, et grâce au soutien d’Agir, les paysans ont prévu de construire 2 bâtiments de stockage en 2018, afin de réduire les pertes, mieux vendre, et même constituer une union communale afin de pérenniser les services mis en place grâce au conseil.”

Keneddy