Depuis 2020, des expérimentations autour des biochars sont menées au sein des organisations paysannes (OP) du groupe Fifata à Madagascar afin de valoriser des biomasses locales abondantes, en particulier les balles de riz, et de renforcer la fertilité des sols dans une démarche agroécologique. Ces travaux, initiés et structurés par Ceffel avec l’appui de Fert, ont progressivement suscité l’intérêt de nombreux producteurs, conduisant à une diffusion de la pratique dans plusieurs régions des hautes terres de Madagascar : Vakinankaratra, Haute Matsiatra, Analamanga et Itasy.
Toutefois, les biochars demeurent une technologie encore émergente dont les conditions de production, les modalités d’utilisation et les effets varient fortement selon les contextes. Afin d’éviter une adoption non maîtrisée et de poser les bases d’un déploiement durable, une étude approfondie a été conduite en 2025 pour capitaliser les expériences existantes, analyser les pratiques et identifier les conditions de réussite au sein des OP du groupe Fifata.
Le biochar est un charbon végétal stable obtenu par pyrolyse de biomasses (déchets agricoles, forestiers ou organiques) chauffées à haute température en absence ou en faible présence d’oxygène. Contrairement au charbon destiné à la combustion, le biochar est utilisé comme amendement du sol, sa structure poreuse lui confère une capacité élevée de rétention de l’eau et des nutriments, favorisant l’activité biologique du sol et la séquestration du carbone à long terme.
Les biochars issus des balles de riz sont qualifiés de sichars. Ils présentent des propriétés spécifiques, notamment un apport en silicium biodisponible, contribuant à renforcer la résistance des cultures aux stress biotiques et abiotiques, tout en améliorant les propriétés physiques et chimiques du sol.
De la production à l’utilisation
Chiffres clés pour le Groupe Fifata
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16 pyrolyseurs en fonctionnement
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~80 kg de biochars produits par cycle de pyrolyse
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~15 t de biochars / an / pyrolyseur
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Coût d’approvisionnement par pyrolyseur : ~3,1 M Ar/an
Menée en 2025, l’étude repose sur une démarche de capitalisation associant enquêtes de terrain, entretiens, visites de sites de production et analyse des expérimentations. Elle a mobilisé une diversité d’acteurs : producteurs expérimentateurs et paysans-relais, conseillers agricoles de proximité (CAP), responsables d’organisations paysannes régionales et techniciens de Ceffel. Cette approche multi-acteurs a permis d’analyser conjointement les dimensions techniques, agronomiques, économiques, organisationnelles et environnementales liées à la production et à l’utilisation des biochars.
Les résultats montrent que les pratiques se sont développées de manière progressive, à partir d’initiatives pionnières ayant ensuite essaimé au sein des groupements.
Les méthodes de pyrolyse reposent sur des dispositifs artisanaux simples, souvent mutualisés à l’échelle des groupements, révélant à la fois une forte capacité d’innovation locale et des contraintes persistantes en termes de temps, de pénibilité et de régularité de production. Les biochars produits sont ensuite stabilisés avant leur utilisation, avec des purins liquides préparés à partir de matières organiques récupérées ou produites sur l’exploitation.
Des résultats agronomiques encourageants
Les producteurs interrogés rapportent de manière récurrente une amélioration de la structure des sols, une meilleure gestion de l’eau et une plus grande facilité de travail du sol. Des augmentations de rendement et une amélioration de la qualité des productions sont observées sur certaines cultures maraîchères et sur la pomme de terre, priorisée pour l’usage des biochars. Plusieurs producteurs mentionnent également une réduction des attaques de certains ravageurs, ainsi qu’une réduction partielle de l’usage des engrais minéraux et de pesticides de synthèse.
Néanmoins, les effets restent variables selon les contextes pédoclimatiques, les cultures, les doses appliquées et les associations avec d’autres amendements organiques. Le recul est encore insuffisant pour tirer des conclusions définitives, soulignant la nécessité de poursuivre les essais sur plusieurs cycles culturaux.
Former et accompagner pour soutenir les innovations
L’étude met en évidence que l’adoption durable du biochar repose fortement sur l’accompagnement technique, la formation continue et l’apprentissage entre pairs au sein des organisations paysannes. Les OP jouent un rôle clé dans la mutualisation des équipements, la diffusion des savoirs et la sécurisation des pratiques.
Dans cette dynamique, plusieurs initiatives sont déjà engagées. Des analyses de laboratoire des biochars produits sont en cours, afin de mieux qualifier les matières obtenues (composition, stabilité, propriétés agronomiques) et d’affiner les recommandations techniques. Parallèlement, de nouveaux prototypes de pyrolyseurs sont testés, avec pour objectif d’améliorer les conditions de production, d’augmenter les rendements, de réduire la pénibilité et de mieux répondre aux besoins des producteurs.
Ces travaux confirment que le biochar constitue une innovation agroécologique prometteuse, à condition d’être déployée de manière progressive, encadrée et adaptée aux contextes locaux.


