Depuis 2011, Fert intervient en Géorgie aux côtés du GBDC (Georgian Business Development Center), pour le développement de la filière dans la région du Samtskhe Javakheti. Sur place, une équipe de 5 techniciens locaux (vétérinaire, zootechniciens, animateur) accompagnent les éleveurs d’une dizaine de villages dans l’amélioration de leurs pratiques d’élevage. 

Aujourd’hui, dans la région du Samtskhe-Javakheti, les pratiques de traite et de stockage, ainsi que l’absence de contrôle à la collecte ne permettent pas de garantir une qualité du lait suffisante nécessaire à la transformation fromagère. Pour les entreprises qui transforment le lait, les pertes sont importantes. Alors, comment progresser ? Accompagnée par les techniciens du GBDC, la coopérative « Le goût de la montagne » s’est lancée dans une démarche de progrès.

C’est en 2015 que la coopérative « Le goût de la montagne » a vu le jour dans le village d’Adigeni, autour de 16 agriculteurs coopérateurs. Soutenu par le programme de l’Etat géorgien, elle a fait l’acquisition de matériels industriels pour la fabrication de fromages. Elle produit ainsi du Sulguni[1], qu’elle vend principalement sur le marché de Tbilissi.

Au printemps 2018, face à des difficultés dans son process de fabrication, la coopérative a contacté l’équipe du GBDC. En effet, les éleveurs ne comprenaient pas ce qui se passait : pour eux, leur lait était de qualité car il était riche en matière grasse. Pour comprendre d’où venait le problème, le GBDC leur a proposé de les accompagner pendant une semaine en alpage ; et ainsi, de partager leur quotidien, loin du village.

[1] Le Sulguni est un fromage géorgien saumuré de la région de Samegrelo. Il a un goût acide, modérément salé, une texture alvéolée et une consistance élastique; ces attributs sont le résultat du processus utilisé, de même que la source de son surnom de “fromage au vinaigre”

Photos à droite : L’alpage est pratiqué durant l’été pour permettre aux troupeaux d’avoir de vertes pâtures 

Un premier constat : des mauvaises pratiques sanitaires et vétérinaires

Des tests simples pour analyser la qualité du lait

Pour les techniciens, ce fut une occasion unique de mieux connaître ces éleveurs, d’observer leurs pratiques actuelles, et comprendre l’impact sur la qualité du lait. Assez rapidement, leurs observations les ont amenés à s’intéresser plus particulièrement aux aspects sanitaires : étables peu aérées et sales ; pas de nettoyage des mamelles à la traite ; bidons et matériels souillés ; pas d’accès à des médicaments… Il faut dire que les infrastructures sont limitées en alpage : pas d’électricité, des routes en mauvais état. Les techniciens ont ainsi réalisé différents tests (dépistage de mammite par la méthode CMT[1], test d’acidité, test à l’alcool, …). Ainsi, sur 130 bêtes testées, 59 avaient une mammite. Le vétérinaire du GBDC a aussi procédé à des tests de gestation. L’ensemble des résultats de ces examens ont été consignés dans un journal.

[1] CMT : Californian Mastite Test

Des formations dans l’action

En retour, les éleveurs ont bénéficié de conseils, et les animaux ont reçu des soins. De plus, les techniciens ont organisé différentes sessions de formations sur la santé du troupeau et les conditions d’hygiène de la traite et de stockage du lait ; abordant entre autre points : les bases de la production laitière, l’importance de l’état sanitaire sur la qualité du lait (bactéries, cellules somatiques, antibiotiques et mammites), les bonnes pratiques de traite et les soins à apporter aux animaux… Près de 35 éleveurs ont suivi ces formations.

En complément des apports théoriques, la formation s’est poursuivie par des temps de mises en pratiques, avec une participation active des éleveurs. Enfin, au-delà des sessions de formation, les discussions autour de la production laitière et de la santé des animaux ont été nombreuses.

Proximité et confiance

Le bilan de cette semaine en alpage est très positif : la proximité et l’écoute des techniciens ont permis de créer un climat de confiance avec les éleveurs. Cela les a motivé à améliorer leur pratique, et a stimulé les débats entre eux. Les éleveurs présents ont montré un réel intérêt pour progresser ; ils ont pris conscience de l’importance de la qualité du lait, en particulier, pour le lait d’alpage dont le volume et la valeur nutritive sont meilleurs (grâce à une herbe abondante et une moindre mobilité du troupeau). A l’automne, en redescendant au village, ils veulent poursuivre leur travail avec le GBDC et mesurer l’évolution sur le lait collecté à la laiterie.