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Economie de la formation-insertion professionnelle agricole : deux nouvelles études réalisées à Madagascar et en Côte d’Ivoire

Rappel de quelques principes qui définissent la notion d’économie de la formation

La notion d’économie de la formation a émergé au cours des années 1990. Parmi les travaux menés, la plupart ont été conduits dans les pays anglo-saxons et dans les pays émergents. Ils se positionnent dans des champs de recherche complémentaires : capital humain et croissance, efficacité économique de la formation générale et professionnelle et impact de l’éducation et de la formation, le plus souvent liés à la question de l’évaluation des dispositifs.

Globalement, l’utilisation de l’approche Économie de la formation est observée sur le terrain et dans les écrits à travers la mise en parallèle des coûts liés à la mise en place et au fonctionnement des dispositifs de formation et les bénéfices et avantages qu’ils procurent à différents niveaux (individus, familles, territoires, pays, etc.). Ainsi, pour répondre aux questions de la rentabilité sociale ou économique d’un système de formation-insertion professionnelle, trois éléments sont majeurs dans la mise en œuvre : la mesure des coûts, la quantification des bénéfices, le calcul du retour sur investissement.

Dans sa conception d’ensemble, la démarche s’appuie sur deux éléments principaux : la mesure des coûts globaux d’une part et celle des richesses créées et impacts techniques et sociaux d’autre part. Elle permet de calculer les retours sur investissements générés par le dispositif et de mesurer les impacts du système.

Pourquoi évaluer les performances économiques d’un dispositif de formation-insertion professionnelle ?

Pour comprendre les motivations à la conduite de ces études, il importe de se resituer dans le cadre des enjeux de durabilité et de pérennité des dispositifs de formation-insertion professionnelle qui doivent, dans la plupart des cas, leur existence à des financements externes, souvent internationaux (public ou privés) ou nationaux (Etat).

Dans ce contexte (aujourd’hui avec des sources de financements externes de plus en plus réduites), la démonstration de l’efficacité économique et de l’impact des dispositifs financés est un élément essentiel de leur pérennité économique.

S’ajoute à cette réalité, l’enjeu institutionnel principalement lié à la reconnaissance des actions réalisées en cohérence avec les politiques publiques et /ou celles des financeurs. De ce point de vue, la perception de la formation professionnelle n’est pas toujours positive, car dans de nombreuses situations la non-adéquation des qualifications produites avec le marché du travail et l’absence de véritable dispositif d’insertion nuit à l’image de ces dispositifs. Démontrer l’efficacité des systèmes bien construits auprès des autorités et des partenaires est donc un élément de durabilité très important.

Enfin, un dispositif de formation-insertion professionnelle doit aussi sa durabilité à la qualité de son management et à la dynamique positive des acteurs, qu’ils soient promoteurs et/ou bénéficiaires. Ainsi les informations produites par une étude « économie de la formation-insertion » sont très utiles :

  • Lors de l’élaboration d’un projet stratégique, une telle étude permet de disposer de données sur le rapport coût/efficacité et de faire des choix de modèle économique à privilégier (scénarios) : ce fut le cas de Fekama lors de la première analyse en 2018 qui a permis de faire évoluer le dispositif de 6 ans à 5 ans (3 ans de formation + 3 ans d’accompagnement à l’insertion → 2 ans de formation au collège + 1 an de formation en alternance +2 ans d’accompagnement à l’insertion) sans perdre en qualité.
  • Pour alimenter la reconnaissance par les professionnels du monde agricole et du monde rural et les impliquer dans la gouvernance des dispositifs et dans le recrutement).
  • Pour l’identification par les familles des avantages du dispositif pour l’avenir de leurs enfants, qui est aussi un élément déterminant pour le recrutement des futurs apprenants.
  • Pour faire percevoir l’efficacité du dispositif par les jeunes eux-mêmes (les bénéficiaires).

Collège agricole Fekama de Manganoro, Madagascar

L’économie de la formation-insertion au niveau de Fekama et du CFAR des Savanes

C’est en se basant sur la méthode d’analyse coûts/bénéfices telle que décrite précédemment qu’ont été conduites en 2026 deux nouvelles études d’économie de la formation-insertion appliquées d’une part à Fekama, fédération de 6 collèges agricoles à Madagascar, et d’autre part au CFAR (Centre de Formation Agricole Rurale) des Savanes en Côte d’Ivoire. Ces deux dispositifs sont pilotés par la profession agricole et accompagnés par Fert en lien avec d’autres partenaires.

La démarche s’est structurée selon les phases suivantes :

  • Pour la partie évaluation des coûts de la formation-insertion : par la reprise des données comptables des exercices concernés, des effectifs en formation et en insertion,
  • Pour la partie bénéfices et impacts économiques et sociaux du dispositif : organisation du chantier en mode projet (management, groupe de pilotage), formalisation des attendus, définition des informations à collecter et d’un mode de collecte, réalisation de la collecte des données (mobilisation des acteurs concernés, ciblage des jeunes à enquêter, formation des enquêteurs, réalisation de la collecte, construction d’un outil de traitement des données). Et, en cours de process : animation du processus de collecte, vérification des données, interprétation des résultats, en collaboration avec les pilotes du projet.

La mesure des coûts

Sans entrer ici dans le détail technique, la mesure des coûts élaborée avec les équipes des deux dispositifs de formation vise à mesurer le coût de la formation-insertion. Celui-ci est composé principalement des coûts de fonctionnement et, pour compléter cette approche, des coûts à charge des familles.

Les coûts liés à l’investissement, financés principalement par des subventions, n’ont volontairement pas été intégrés au coût global dans les 2 études.

La mesure des bénéfices

Il est utile de rappeler que la notion de bénéfices dans le domaine de l’Économie de la formation-insertion s’entend au sens large des avantages divers que produit un dispositif de formation-insertion : l’apport financier évidemment mais aussi les bénéfices sociaux, territoriaux, familiaux et ceux qui impactent le milieu professionnel agricole et rural. Ainsi, il est recommandé de déterminer l’étendue de la notion de bénéfices retenue pour le chantier ; ces choix influençant le type de données à produire pour renseigner sur ces impacts.

Par ailleurs, il est utile de préciser qu’ont été intégrés aux deux études, l’observation des pratiques professionnelles, des stratégies développées et des différences éventuelles liées au genre.

A ce niveau, une remarque préalable s’impose. Les trois éditions de l’étude appliquée au dispositif Fekama à Madagascar (2018, 2023, 2026) ont été centrées sur la formation-insertion de jeunes agriculteurs(-trices), ceci se traduisant par l’installation des apprenants en agriculture. Pour le CFAR des Savanes en Côte d’Ivoire, il faut noter qu’en utilisant un suivi précis de post formation, il a été possible de mesurer les bénéfices (montant des salaires) concernant également les jeunes insérés sous le statut de salarié. Ce statut permet à certains jeunes d’avoir tout de suite une activité professionnelle tout en préparant leur installation comme agricultrice ou agriculteur.

Il est aussi pertinent de souligner que les indicateurs choisis varient selon les objectifs poursuivis. Pour Fekama et le CFAR des Savanes, quatre indicateurs-clés ont été choisis : la marge brute, le retour sur investissement pour les familles, la contribution à l’organisation professionnelle des agriculteurs, l’impact technico-économique de prestations réalisées par les jeunes installés (ex-vaccination des animaux : porcs et poulets). Le schéma suivant illustre la démarche d’ensemble.

Le retour sur investissement

Le principe est de calculer un coût complet moyen de l’ensemble du dispositif par jeune et de le comparer au cumul des marges brutes générées par un jeune inséré. Le retour sur investissement du dispositif se mesure par la durée nécessaire à une production de richesses (somme des marges brutes) pour atteindre un montant équivalent au coût global de la formation et de l’accompagnement à l’insertion.

Pour le CFAR des Savanes le retour sur investissement est de 2 ans et 3 mois après la fin de la formation. Autrement dit, après 2 ans et 3 mois un jeune a créé autant de richesse que ce qu’a coûté sa formation et l’accompagnement dans son insertion professionnelle.

Pour Fekama, la durée du retour sur investissement est plus longue (3 ans et 2 mois) du fait de structures agricoles plus petites, mais les mesures d’impact réalisées nous indiquent que pour les familles ce retour sur investissement est de 18 mois. Les autres éléments de la mesure des impacts sont détaillés dans les études.

Etudes conduites par Fert et ses partenaires, avec l’appui de l’Ifocap

La troisième édition de l’étude Fert-Fekama (Madagascar) a été conduite en 2025-2026 et porte sur des données des années de 2022 à 2024.

L’étude Fert-CFAR des Savanes (Côte d’Ivoire) est la première édition pour ce centre dont la première promotion est sortie mi-2021.

Consulter l’étude du CFAR des Savanes
Consulter l’étude des collèges agricoles Fekama
Lire le guide méthodologique
 

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Loussouarn, membre de Fert. 

Ces études ont été réalisées avec le soutien de l’AFD, de la Fondation Louis Dreyfus et de l’Ifocap. 

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