Du 23 au 30 avril 2026, Madagascar a accueilli l’édition 2026 des Rencontres Fert & Organisations de Producteurs (OP) partenaires. Pendant une semaine, 129 participants, techniciens et agriculteurs leaders originaires de 10 pays (France, Espagne, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Kenya, Malawi, Maroc, Tunisie, Géorgie et Madagascar) se sont retrouvés sur les Hautes Terres malgaches pour partager leurs expériences, confronter leurs pratiques et réfléchir ensemble à l’avenir de leurs organisations et de l’agriculture familiale.
Au-delà des chiffres et du programme, ces Rencontres racontent avant tout une histoire : celle d’un apprentissage collectif, construit entre pairs, au plus près des réalités agricoles. Ici, chacun est à la fois apprenant et contributeur.
129 acteurs, 10 pays, une ambition commune : retour sur les Rencontres Fert & OP partenaires
Plonger dans le réel : des pratiques concrètes, des questions universelles
Le fil conducteurs de ces 6èmes Rencontres internationales était « Du local … au national : comment les agricultrices et agriculteurs s’organisent pour gérer les services dont ils ont besoin ? ».
De Antananarivo à Antsirabe, en passant par Ampefy, les participants ont pu découvrir concrètement les actions menées par les organisations de producteurs locales, régionales et nationales du groupe Fifata en lien avec Fert, à travers de nombreuses visites de terrain dans les régions Analamanga, Itasy et Vakinankaratra.
Tout commence donc par l’observation : une plateforme de compost partagée entre membres d’une OP de base, un système de stockage collectif ou encore un service de vaccination animale organisé par une union communale.
Et très rapidement, l’observation laisse place aux questions :
- Comment ces services sont-ils financés dans la durée ?
- Quelle est la place des producteurs dans les décisions ?
- Comment concilier accessibilité des services, et donc coût acceptable pour les membres, et autonomie financière ?
Ces interrogations traversent toutes les visites. Elles révèlent une réalité essentielle : il n’existe pas de modèle unique. Chaque organisation construit ses solutions en fonction de ses besoins, de ses ressources et de son histoire.
Au niveau régional, les échanges avec deux OPR ont permis de mieux comprendre le rôle des OP régionales dans la coordination et la structuration de ces services :
- Fimami, en région Analamanga, créée en 2025, qui construit progressivement ses services et son modèle économique,
- Fikotamifi, en région Itasy, créée en 2006, qui illustre les enjeux de consolidation, d’évolution de la gouvernance et de pérennisation.
Ces deux exemples montrent que les organisations ne sont pas figées : elles évoluent, s’adaptent, testent, ajustent.
Du terrain à la vision d’ensemble : comprendre une organisation en mouvement
Les Rencontres ont également permis de prendre du recul sur l’organisation globale du groupe Fifata. Une visite du siège de Fifata a donné lieu à une présentation par son Président, permettant de mieux comprendre son fonctionnement, sa gouvernance et son rôle structurant à l’échelle nationale autour des deux missions principales : les services aux membres et l’action syndicale.
Les participants ont également pu découvrir, à travers des stands dédiés, la diversité des organisations de producteurs spécialisées (OPS) et des dispositifs existants au sein du réseau : conseil (Cap Malagasy), formation et insertion professionnelle agricole des jeunes (Fekama), formation des leaders (Formagri), financement agricole (Cecam), expérimentation et conseil en fruits et légumes (Ceffel) ….
Ce passage du terrain à la vision globale a permis de mieux saisir une réalité clé : ce sont les initiatives locales, portées par les producteurs, qui alimentent et structurent les dynamiques nationales.
Autre temps fort : la visite du Ceffel, centre technique de référence en agroécologie avec ses 20 hectares dédiés à l’expérimentation agricole. Les participants ont pu y découvrir des parcelles d’essais, des innovations et un laboratoire de culture in vitro pour la production de plants sains de pomme de terre. Cette étape a permis de mettre en lumière l’importance du lien entre recherche, expérimentation et diffusion auprès des producteurs. La recherche part de l’expression des besoins des paysans. Ses résultats sont diffusés grâce aux conseillers et aux paysans relais, jusqu’aux exploitations agricoles. Cette articulation entre expérimentation et terrain illustre un principe central : innover n’a de sens que si les producteurs peuvent s’approprier les solutions.
« Des collaborateurs d’Unigrains ont eu l’opportunité enrichissante de participer aux 6ᵉ Rencontres Fert & OP tenues à Madagascar, et ainsi de partager un temps privilégié dédié au partage d’expériences autour des initiatives concrètes rendues possibles grâce à l’action de Fert.
Cette semaine passée sur le terrain a permis de mieux appréhender les enjeux propres à l’agriculture familiale malgache et les besoins qui en découlent, tout en renforçant notre connaissance de l’organisation et des services proposés aux agriculteurs dans le cadre du programme de soutien porté par Fert‑Fifata depuis de nombreuses années, ainsi que d’en mesurer concrètement l’impact et les enjeux.
Les échanges et le partage d’expériences avec les agriculteurs des autres délégations pays ont également été particulièrement intéressants.
Enfin, des priorités structurantes ont été identifiées, ce qui conforte pleinement la nécessité d’un soutien structurel de long terme.»
Des organisations ancrées dans leurs territoires
Au fil des échanges, une idée forte se dessine : les services agricoles sont d’autant plus efficaces qu’ils sont pensés au plus près des producteurs.
Les OP de base (OPB), composées de petits groupes d’agricultrices et agriculteurs, organisent des services concrets : accès aux intrants, stockage, épargne, formation ou entraide. Elles constituent le premier niveau de réponse aux besoins.
Lorsque ces besoins dépassent leurs capacités, d’autres niveaux prennent le relais :
- les unions communales, qui structurent des services pour le développement de filières (poulet, pomme de terre, semences …)
- les organisations régionales (OPR), qui assurent la coordination, la logistique et le développement de services à plus grande échelle et structurent des partenariats avec des acteurs publics et privés.
Cette organisation progressive, du local au régional, jusqu’au national, permet de répondre à une diversité de besoins tout en maintenant un ancrage territorial fort et un conseil de proximité.
Des innovations issues du terrain
Les Rencontres ont aussi mis en lumière la capacité d’innovation des organisations paysannes.
À titre d’exemple :
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- des producteurs engagés en agroécologie attirent désormais des entreprises pour des partenariats commerciaux sécurisés avec des prix rémunérateurs ;
- l’intégration d’agents communautaires au sein des OP permet de mieux prendre en compte les enjeux de nutrition et de santé ;
- des systèmes de mutualisation (matériel, épargne, services) sont développés pour assurer la pérennité des activités.
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Ces initiatives ne sont pas le fruit de solutions importées mais bien de démarches construites localement, par les producteurs eux-mêmes avec l’appui de techniciens, les uns et les autres bénéficiant de formation continue.
Apprendre des autres… pour mieux agir chez soi
L’un des temps forts des Rencontres ne se déroule pas sur le terrain, mais lors des moments de restitution et de débriefing.
Ils ont permis de faire émerger des constats parfois critiques :
- une dépendance encore forte à des financements extérieurs,
- des modèles économiques à consolider,
- la question de la rémunération des acteurs clés, notamment les paysans relais.
Ces échanges constituent la richesse des Rencontres, car apprendre entre pairs, c’est aussi accepter de questionner ses propres pratiques.
Et après ?
Chaque participant est invité à se poser une question simple : “Qu’est-ce que je vais faire de tout ce que j’ai vu et entendu ici ?”
L’enjeu n’est pas de reproduire à l’identique, mais de s’inspirer, d’adapter, de transformer.
Chaque participant repart avec des idées, des questionnements, parfois des remises en cause, mais surtout avec la conviction que les solutions existent déjà quelque part et qu’elles peuvent circuler : comment capitaliser sur ces apprentissages et les adapter à chaque contexte ? ; comment poursuivre ces dynamiques de développement vertueuses dans un contexte de baisse de l’aide publique au développement ?
Au fil des rencontres, les participants ont croisé expériences, questionnements et solutions, dans une ambiance conviviale favorisée par la connaissance mutuelle et une démarche commune dans tous les pays qui peut être résumée par
« les agricultrices et agriculteurs au centre » et « l’OP comme moyen et non comme finalité ».
Le dernier jour des Rencontres n’est pas une fin en soi, il est avant tout un point de départ.
Ces Rencontres ont été organisées dans le cadre du programme TransAgri qui bénéficie du soutien financier de l’AFD – Agence Française de Développement et d’appuis techniques et/ou financiers de nombreux autres partenaires : Unigrains, UE, Fida, Giz, AgriCord, Fondation Louis Dreyfus, Fondation Avril, Action Solidarité Madagascar, Un Enfant par la Main, Fermes de Figeac, CIRAD.
