Du 10 au 15 décembre 2018, Corinne Gomel a effectué sa 13e mission auprès des techniciens du GBDC en Géorgie. Ingénieure d’études en production laitière à Savencia Ressources laitières*, Corinne est depuis 2013 engagée dans ce partenariat avec le GBDC et Fert qui vise l’amélioration de la qualité et de la productivité laitière dans la région de Samtskhe-Javakheti en Géorgie. En trois questions, elle revient sur les principaux enjeux qui ont guidé cette dernière mission.

1.En quoi consiste l’intervention de Savencia Ressources laitières en Géorgie ?

L’objectif poursuivi par les éleveurs, et donc des techniciens géorgiens qui les accompagnent, est de fournir aux laiteries locales un lait régulier en qualité qui répond à leurs attentes. Le cœur de mon travail avec les techniciens du GBDC est donc de les faire se questionner sur la qualité du lait produit dans les élevages. Il s’agissait dans un premier temps de comprendre les attentes des laiteries locales – celles d’Uraveli, Benara ou Zanavi – concernant la qualité du lait. Si les techniciens n’ont pas vocation à devenir des fromagers expérimentés, leur positionnement à l’amont des conditions de production du lait à la ferme, va influer sur la production d’un lait de qualité qui devra ensuite ne pas se dégrader jusqu’à la mise en fabrication.

Ce travail s’est avéré complexe car les laiteries ont elles-mêmes du mal à formaliser leurs attentes en la matière. Qu’entend-on par qualité ? Pour les acteurs de la laiterie, où certains éleveurs eux-mêmes travaillent parfois, cette notion de qualité reste souvent une nébuleuse.

Nous avons tout de même réussi à lister des problèmes rencontrés au niveau de l’élevage qui altéraient la qualité du lait : la récurrence de mammites, la santé générale des animaux, la ration alimentaire fluctuante. Avec, à l’arrivée, un lait qui connaît beaucoup trop de variations. Il n’y a par ailleurs pas de suivi ni de contrôle standardisé du lait à son arrivée en laiterie, ni de personnel compétent pour le réceptionner.

Travailler ensuite sur la composition du lait nous a amenés à évoquer l’équilibre de la ration comme la préoccupation numéro 1 dans le conseil auprès des éleveurs.

2. Quelles sont les marges de progrès que vous avez identifiées pour que les éleveurs – et les techniciens qui les accompagnent – améliorent leurs pratiques ?

Différents leviers d’amélioration à la ferme ont été identifiés par l’équipe technique pour aboutir à une meilleure qualité du lait à l’arrivée à la laiterie : travailler sur la ration alimentaire pour éviter les variations de teneur en matière grasse et protéines, porter une attention accrue à l’hygiène de traite, ou encore utiliser les traitements vétérinaires adéquats pour éliminer les germes responsables de mammites. Ce sont pour moi des missions passionnantes car il s’agit vraiment de faire un travail d’animation pour « faire accoucher » les acteurs, les amener à exprimer leurs problématiques d’abord, pour ensuite qu’ils réfléchissent à comment les résoudre. En cela, je me positionne un peu comme une « coach » vis-à-vis de l’équipe du GBDC. Mais ma mission dans ce partenariat GBDC-Fert-Savencia réside également dans un transfert de compétences auprès d’eux.

3.Cette mission de décembre 2018 constituait votre 13e mission auprès du GBDC en Géorgie. Quelle progression constatez-vous depuis votre première mission en 2013 ?

Je constate petit à petit que la formation porte ses fruits puisque des outils pédagogiques ont été développés et mis à la disposition des éleveurs afin qu’ils visualisent leurs progrès dans la gestion d’élevage. Des outils déclencheurs d’échanges entre techniciens et producteurs. Grâce aux efforts conjugués de tous les acteurs de ce partenariat, mais en premier lieu ceux des éleveurs, je constate que les techniciens du GBDC sont plus à l’aise dans cette fonction de conseil aux éléveurs. Avec le temps, ils s’approprient cette posture de conseil et sont de plus en plus à l’aise. Je leur dis souvent qu’ils gagneront à rester généralistes pour apporter une vision globale de l’élevage aux producteurs qu’ils soutiennent. Cependant, ils doivent améliorer l’écoute active pour déceler les leviers et freins exprimés par les éleveurs dans leurs échanges.

Plus concrètement, je constate les progrès de l’équipe dans la mise en place d’outils de suivi des conditions de productions : des questionnaires de suivi des élevages sont en place avec des questions sur l’alimentation et le logement des animaux, les conditions et pratiques de traite, l’aspect sanitaire des bâtiments d’élevage ou plus récemment sur la qualité du lait. Ces outils sont aujourd’hui appropriés par les équipes qui se sentent d’autant plus à l’aise dans l’accompagnement des éleveurs. Les relations sont plus fluides et plus pertinentes, l’équipe réussit à assurer un suivi des élevages, grâce notamment à ces outils qui garantissent l’interaction avec les éleveurs.

La finalité de notre action reste avant tout l’amélioration de la productivité laitière dans la région et donc l’évolution des éleveurs dans leurs pratiques d’élevage. Des progrès ont été observés chez les éleveurs qui ont amélioré leurs bâtiments, leur abreuvement, la mise au pâturage ou l’équilibre de la ration ; certains ont mis en place une insémination artificielle, d’autres ont travaillé sur la santé de leur troupeau avec notamment de la vaccination. Des leviers d’amélioration qui nécessitaient peu d’investissements. Ainsi, sur 105 élevages suivis entre 2013 et 2017, on a constaté :

  • Une hausse de 6,8% de la production moyenne par vache,
  • Une amélioration de la qualité et de la quantité des aliments dans les rations des vaches (ex : augmentation de la quantité de matière sèche apportée par vache et par jour plus importante +23%),
  • Une amélioration de l’état des étables (aération, paillage et propreté, moins de poussière).

Mais j’ai aussi pu mesurer lors de cette mission que le projet essaimait : des éleveurs du village de Derzeli pourtant enclavé ont entendu parler des actions mises en place grâce aux conseils de l’équipe et ont fait appel au GBDC pour en bénéficier. Ce type d’indicateur est particulièrement positif et valorisant pour les techniciens.

Pour ma part, ce que je trouve particulièrement intéressant dans ma mission, c’est le fait d’amener les éleveurs dans une dynamique de progrès, de les faire s’interroger sur leurs problématiques, d’être dans cette posture d’animation pour qu’ils aient une vision globale de leurs problématiques et qu’ils trouvent eux-mêmes des solutions pour les résoudre.

*Engagé pour un monde durable éthique et solidaire, le groupe Savencia a à coeur de contribuer chaque jour au bien manger et au bien commun. Dans le cadre de sa démarche RSE, la filiale d’achat du lait en France – Savencia Ressources laitières – s’est engagée en 2013 auprès de Fert.

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